
Sunni Jardine, le nouveau venu qui ne laisse pas passer sa chance

Dubaï en 2024, sous un soleil de plomb. On dispute le tout premier match d'une nouvelle saison de HSBC SVNS, et la Grande-Bretagne est menée de sept points par l'Irlande. Le chrono est dans le rouge : au prochain coup de sifflet, le match est terminé.
Le sélectionneur Tony Roques fait appel à un petit nouveau nommé Sunni Jardine. Ce dernier bondit du banc des remplaçants, récupère le ballon dans un ruck et parcourt 50 mètres pour marquer sous les poteaux. Boum. Avec la transformation, les deux équipes se retrouvent à égalité.
Jardine était tellement novice dans le Sevens qu’il pensait le match terminé. « Je ne savais pas que les matchs allaient en prolongations, je pensais que c'était fini, qu'on partageait les points », se souvient-il.
« On était en cercle et je me tourne vers Harry Glover et je lui dis : 'Qu'est-ce qui se passe, mec ?'. Et nous voilà de retour sur le terrain ! Glover marque, et on gagne ! »
Alors, certes, il y a quelques règles du rugby à VII qu’il vaut mieux connaître (on en reparlera plus tard). Mais une chose était claire après ce coup d’éclat à Dubaï : Sunni Jardine est un jeune homme qui sait saisir sa chance.
D'ailleurs, d’autres événements de ce genre s'étaient déjà produit dans sa vie. Adolescent, il représentait son école avec ses coéquipiers face à Dulwich College, une place forte du rugby scolaire.
Dépassés, trop dominés pour espérer l’emporter, ils réussissent toutefois à limiter la casse. Jardine, lui, est allé parler à l'entraîneur de Dulwich après le match pour lui demander des informations sur les conditions d’admission. La suite ? Il se voit offrir une place dans l'une des écoles de rugby les plus prestigieuses du pays, avec une bourse. Chance saisie.
Il fréquente ensuite l'Université de Birmingham pour étudier les langues modernes. Bilingue en français, et se débrouillant « plutôt bien » en espagnol, Jardine passe un an à Bayonne, au Pays basque. Il y enseigne l'anglais et joue au rugby en Fédérale 1.
« Je jouais un bon rugby et je travaillais comme professeur d'anglais. J'ai passé des bons moments, j'ai adoré. Je voulais rester, mais on m'a encouragé à retourner à Birmingham pour finir mes études », confie-t-il.
Il se lie d’amitié avec le septiste Femi Sofalarin, ce qui s’est révélé déterminant dans sa réussite suivante : passé par le centre de formation des Harlequins et l’équipe première de Dulwich XV, Sofolarin suggère à Jardine de viser les Sevens avec la sélection de Grande-Bretagne.
« Femi a été une sorte d'agent pour moi, en plus d'être un très bon joueur pour la Grande-Bretagne lui-même. Il a marqué un essai décisif qui a aidé l'équipe à se qualifier pour la finale de la Coupe de Los Angeles la saison dernière. Il m'a dit que mon jeu se prêtait bien au Sevens. Alors je suis venu pour quelques séances d'entraînement et c’est parti de là. »
Et comment ! L'été dernier, Jardine a fait ses débuts lors de l'événement Rugby Europe en Croatie. Il a terminé le tournoi comme meilleur marqueur d'essais de son équipe.
Après cela, Jardine a décidé de relever un autre défi dans sa vie : devenir officier de la Metropolitan Police. Il jongle désormais entre son travail de policier dans le sud de Londres et ses engagements en rugby à VII.
« J'adore vraiment être policier. On a l'impression de pouvoir changer les choses pour les gens », apprécie-t-il. « Quand je ne suis pas en intervention avec les gyrophares, je suis dans le quartier à aider les gens, comme les SDF qui peuvent avoir des problèmes de drogue et d'alcool. Je les aide à trouver des solutions pour qu'ils puissent obtenir de l'aide.
« C'est très gratifiant. Et c'est assez amusant quand j'arrive pour le petit-déjeuner à l'entraînement et que je raconte aux gars des histoires sur ce qui s'est passé au travail la nuit précédente. »
Ce qui doit comporter des moments assez angoissants ?
« Jouer contre les Fidji et la Nouvelle-Zélande, je dirais que c'est un peu plus angoissant ! »
Après cet essai éblouissant pour ses débuts à Dubaï, Jardine est rapidement devenu un élément clé de l'équipe de Grande-Bretagne, titulaire régulier et parcourant le monde pour jouer.
Un univers bien loin du rugby scolaire dans le sud de Londres, où il a grandi avec une mère et une sœur pas vraiment intéressées par cette discipline à l’époque.
« Ma mère adore [le rugby à VII] maintenant. C'est la personne la plus incroyable et la plus compréhensive au monde », a déclaré Jardine. « Elle veille et regarde tous les matchs, peu importe où je joue. Et je voyage dans des endroits incroyables, comme Hong Kong, qui est sans aucun doute le meilleur endroit où j'ai joué jusqu'à présent. J'ai adoré. »
Avec près d’un mois d’écart entre le tournoi de ce week-end à Singapour et la finale du Championnat à Los Angeles, les représentants de Sa Majesté auront-ils l’autorisation de sortir dimanche soir ? Si c’est le cas, est-ce que le policier Jardine devra garder un œil sur eux ?
« Singapour est en dehors de ma juridiction, donc ils peuvent faire ce qu'ils veulent », plaisante-t-il. « Non, sérieusement, les gars me connaissent bien et savent ce que je fais comme métier. Ils savent comment se comporter ! »
Il semble que ce soit le cas. Jardine et toute l'équipe sont maintenant lancés sur un nouveau cycle qui doit les mener aux JO 2028 de Los Angeles.
« Ce ne sera pas facile, mais nous sommes convaincus que nous pouvons gagner des tournois si nous faisons les choses correctement. C’était un énorme soulagement d'avoir sécurisé cette place dans le top 8, mais on sent qu’on peut donner beaucoup plus. On est capables de battre les équipes mieux classées. J'aimerais beaucoup participer aux Jeux Olympiques. »
Et si l'occasion se présente, il y a fort à parier que Sunni Jardine la saisisse.